Art

« Je pense à une vache volage dans un champ, un peu libre… », exposition personnelle de Sara Favriau à la galerie Maubert

Artiste plasticienne, Sara Favriau imagine des objets, des structures en bois taillé, assemblées à la main. Dans un souci d’écologie, elle s’interroge sur la chaîne de consommation du bois, matière première de son oeuvre. Avec poésie et délicatesse, elle crée des figures et donne vie au matériau. La galerie Maubert, à Paris, présentera les œuvres de l’artiste, du 27 mai au 31 juillet 2021.

Diplômée de l’Ecole des Beaux-Arts de Paris, elle se lance rapidement dans la création et trouve son style, son outil. En 2014, Sara est nommée lauréate du Prix Découverte des Amis du Palais de Tokyo.

Elle  a exposé ensuite en 2016, au Palais de Tokyo, une œuvre sur le thème de la consommation du bois où elle a réalisé des sculptures faites de tasseaux en bois taillés et assemblés en cabanes, « la redite en somme, ne s’amuse pas de sa répétition singulière ».

Elle participe à la première Biennale de Bangkok « Beyond Bliss » en 2018, en tant qu’invitée d’honneur et en 2019 elle effectue la résidence French Los Angeles Exchange (FLAX).

Elle sculpte troncs et poutres et s’interroge sur l’origine des matériaux.

Sara collabore avec des scientifiques à la Villa Noailles et participe au Festival des forêts d’Ile de France. Présente aussi dans de nombreuses collections publiques dont le FMAC (collection de la ville de Paris).

Ses œuvres ont une dimension poétique. Elles sont issues d’arbres condamnés par la sècheresse.

Séries : « Rien n’est moins comparable » (2019), « J’ai remonté le temps y avait rien à faire. Les mêmes carrosses en bois à toute allure. »…

« Le marronnage », l’artiste emploie ce terme pour montrer sa façon de détourner les forces de la nature. Au-delà de la sculpture, le nom de celle-ci a un sens explicatif et poétique.

© Sara Favriau

Interview: Sara Favriau 

– A quel moment avez-vous choisi une carrière artistique ? 

SF: Il n’y a pas eu de décision. Juste le besoin de faire des choses. Par conséquent, cela est venu naturellement et progressivement. Une chose conduit à une autre.

– Vous réalisez des objets en bois, des cabanes, des structures. Où trouvez-vous vos idées ? De quelle façon constituez-vous vos oeuvres? 

SF: Les idées naissent de la sculpture et du dépassement de celle-ci. En particulier, je me pose la question de la sculpture combinée à celle de l’installation, de la performance et de l’invitation de disciplines diverses. Une de mes œuvres par exemple,  « la redite en somme ne s’amuse pas de sa répétition singulière » exposée au Palais de Tokyo en 2016,  était  composée d’une installation de cinq sculptures-cabanes, comme des sortes de white cubes primitifs. Ces cabanes ont accueillis des œuvres de différentes disciplines (BD, Costumes, Perruques, écriture, arts plastiques). La sculpture n’était pas ici seulement un volume, elle était aussi un vide prêt à recevoir. Ainsi, l’installation était à la fois une sculpture monumentale et une série de socles et de cimaises, une œuvre d’art tout autant que le support d’une exposition. La démarche consistait aussi, à transformer une invitation personnelle en une invitation collective, pour ouvrir les champs de la création à d’autres domaines que celui des arts plastiques. Cette posture, de fait, questionnait la démarche curatoriale et par là celle des champs de de la création.

 Le radeau, la pirogue, la cabane, un arbre… touchent tout les milieux et les âges. Je recherche la plus grande lecture et accessibilité. Ces œuvres sont d’abord des symboles et des formes qui sont élémentaires et populaires.  Elles s’adressent, par conséquent, a tout les milieux. La lecture de mes œuvres, peut se faire de façon historique avec ses références et clin d’œil, ou tout simplement poétique, libérée des canons de pensées, ou, en tout cas,  jouant avec. J’espère de cette façon crée une œuvre généreuse.

©Miel, 2019, Galerie Maubert, Sara Favriau,

– Vous taillez vos œuvres avec finesse, quel matériau utilisez-vous? 

SF:  Les matériaux sont au service de l’idée. Ma dernière oeuvre à ce jour, une sculpture-pirogue, s’inspire des pirogues va’a polynésiennes. Cependant, cette sculpture est surtout l’idée de faire traverser un arbre  d’une forêt continentale vers une forêt insulaire, par la mer. L’arbre de la pirogue a conservé son écorce et naviguera avec, fin juin. J’ai ajouté un balancier à la coque, qu’utilisent les Polynésiens, où se trouve le berceau de la navigation. Ces balanciers sont les ancêtres des catamarans. De cette façon en faisant appel à cette pirogue et la traversée d’un arbre en mer, on est à l’origine de la navigation, puis de notre existence, car sans les arbres nous ne pouvons pas vivre. Un symbole, je crois, assez fort. Cette navigation permet de conjuguer la forêt, l’arbre, à celle de la mer qui sont les deux poumons de notre planète.  Par là, avec cet arbre qui navigue vers une île, on retrouve aussi,  l’idée d’une résurrection. Cette traversée est résolument vivante, optimiste. Je me suis renseignée sur les mythes comme des propriétés mécaniques d’un arbre, son essence, pour la charpente marine. Le cèdre qui est à la fois un matériau de navigation et de charpente marine, est résistant et dur. Il est aussi une essence endémique de la côte méditerranéenne que l’on retrouve dans de nombreux pays, jusqu’au Canada. Il est également l’arbre, dans la mythologie colombienne, qui a contribué à la création du début du monde. On peut donc faire des corrélations avec un simple élément comme la pirogue – en créer une sorte de syncrétisme.  En croisant ces relations on peut créer le « monde entier », avec ses différences et ses communs.

– Vous avez exposé dans différents lieux notamment au Palais de Tokyo, à l’étranger, à Los Angeles, et vous avez participé à des évènements collectifs, à la Biennale de Rabat. Quel est selon vous, l’événement le plus marquant, le plus porteur? 

SF: Tous les évènements auxquels j’ai participé ont été marquants. L’aventure est à chaque fois différente, l’institution aussi. Je rencontre une nouvelle politique culturelle quand je suis à l’étranger, mais aussi :  équipe, organisation, logistique… à chaque exposition. Le dernier événement est évidemment le plus frais, donc le plus marquant : j’ai fait récemment ma pirogue, en coproduction avec la Villa Noailles et la Fondation Carmignac. Elle se trouve sur l’île de Porquerolles. Je n’avais jamais fait de mise à l’eau d’une sculpture, avant celle-ci. Dans l’attente de la traversée, la pirogue est immergée dans l’eau salée, dans les marais au salin des Pesquiers, pour que l’arbre ne craque pas. Cela crée des souvenirs, j’apprécie l’expérience, la problématique nouvelle et les enjeux. 

– Pour votre exposition personnelle à la galerie Maubert, quelles œuvres vont-elles être présentées? Comment envisagez-vous l’espace lorsque la création est de grande dimension ? 

SF: En grande majorité, ce sont de petites œuvres.  Je produis de petites comme de grandes pièces. Les petites œuvres peuvent être très marquantes, il est tout autant complexes de travailler une grande qu’une petite œuvre. La complexité ne dépend pas de la taille ! L’enjeu est de présenter le travail de recherche effectuée durant les deux dernières années avec de nouvelles pièces.  Ce travail est en parti une collaboration avec l’IINARe Avignon autour de la sécheresse des arbres. Mais l’exposition ne cherche pas à instruire autour de cette problématique, ni de nous acculer de cette responsabilité qu’est la sécheresse et le réchauffement climatique. Elle est la recherche plutôt d’un souffle frais, léger et d’espoir; en commençant par reprendre le temps. 

Donner des titres, ouvre le propos. Cela donne des indices, contradictoires même, et ouvre le champ poétique. L’œuvre se construit avec l’œil du spectateur. Le titre « Je pense à une vache volage dans un champ un peu libre avec d’autres vaches pour faire des fromages… » est évidemment un titre ou nous rechercherons des vaches dans l’exposition. Il permet l’autocritique et donne plus d’accessibilité. Avec ce titre, j’espère désamorcer le sérieux de mon exposition. 

– Quels sont vos projets? Au point de vu de la création et aussi des événements à venir ? 

SF: Le premier projet est la navigation de la pirogue prévue pour fin juin, sur l’île de Porquerolles, à la Fondation Carmignac. Puis, dans le parc, je vais transformer la pirogue en « sirène » avec une nouvelle technique que j’ai développée. Elle retraversera vers le continent avec un cerf-volant fin octobre. Elle ira loger au Salin des Pesquiers. 

J’ai ensuite une résidence à l’Atelier Bird, à Saint Rémy de Provence. Puis, je commencerai une résidence à Marseille, dans le nouveau lieu SOMA, dirigé par deux chorégraphes performeurs. Un travaille en forêt ave des biologistes et des ingénieurs LIDAR est prévu  à côté d’Aubaine, sur un des sites d’observation de l’INRAE.  Nous mènerons des opérations ensembles, desquelles découleront un travail de recherche à SOMA.

Je serai en résidence au lycée agricole G.Martin au Neubourg, en 2022, où j’ai été invité par le Centre photographique de Rouen, et où il est prévu de travailler autour des coupes rases et des forêts de plantations avec des étudiants. 

Autre projet encore, je brûlerai une de mes cabanes, à Bordeaux, dans cet environnement ultra urbanisé avec le pont Chaband Delmas, au bord du fleuve de la Garonne. Une exposition est prévue ensuite avec les cendres de celle-ci, et autres, à l’Espace-exposition Zebra 3. J’enchaînerai avec le programme Suite du CNAP, une exposition duo  avec Simon Nicaise.

«Je pense à une vache volage dans un champ, un peu libre… »

Exposition personnelle de Sara Favriau 

A la Galerie Maubert
galeriemaubert.com
20 Rue Saint-Gilles
75003 Paris France

Du 27 mai au  2021

Vernissage public samedi 29 mai 2021, de 13h à 21h

www.sarafavriau.fr

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