« Intermissions », exposition photographique de Sylvain Bonniol

Intermission

Dans le cadre des événements photographiques parisiens et organisée par Di Mezzo, le photographe Sylvain Bonniol, présente « Intermissions », une exposition photographique sur le thème naval, au Cloître Ouvert, à Paris, du 5 au 26 novembre 2019.

Photographe du réel, Sylvain Bonniol, s’attache à travailler depuis quelques années sur le thème naval, et s’intéresse aux ateliers, aux chantiers, aux laboratoires et observatoires qui constituent les territoires privilégiés. Ces lieux ont la particularité d’être fermés et interdits au public. L’acte photographique est pour lui une immersion dans ce monde, dans le quotidien des industriels, des architectes, ou des scientifiques. Les poses photographiques sont silencieuses et contemplatives.

Quatre séries sont exposées : R+14, les prises de vues sont faites au 14ème étage d’un immeuble, Visage d’un chantier naval, témoigne du chantier naval de Saint Nazaire, L’âge de l’air, sur le thème de l’aéronautique du 21ème siècle et Visions acoustiques, une immersion photographique dans des laboratoires dédiés à l’acoustique.

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Interview de Sylvain Bonniol

-Comment avez-vous commencé la photographie ?

SB : J’ai commencé la pratique photo à l’école des Beaux-Arts de Nantes. Je réalisais alors des installations que je documentais par la photographie. J’ai toujours eu dans ma démarche plastique une sensibilité très forte à l’espace et aux questions de sa représentation. Le corps y tient aussi une place centrale. Par la suite ma curiosité m’a conduit à rencontrer d’autres artistes dans leurs ateliers. Puis par extension des scientifiques dans leurs laboratoires, des ouvriers et architectes sur les chantiers. J’aime ces lieux de création et de production qui génèrent bien souvent des constructions spatiales aussi surprenantes qu’éphémères.

-Dans quel genre photographique vous situez-vous ? Quelle est votre technique photographique ?

SB : Je ne suis pas convaincu d’appartenir à un genre spécifique. Le plus souvent, je travaille sur des projets longs, en immersion dans des espaces de travail interdits d’accès au public comme les chantiers, les usines, les laboratoires. La plupart des séries s’élaborent pendant plusieurs années en fonction des autorisations à obtenir pour entrer dans les lieux que j’envisage de découvrir. Il y a donc un long travail avant la prise de vue proprement dite. Impliquant à la fois les questions documentaires et plastiques, j’envisage mes projets comme des récits visuels entre les lieux et leurs occupants, entre contemplation et mise en scène.
Techniquement je travaille toujours au pied, en numérique avec des capteurs haute résolution et optiques à bascule/décentrement. J’ai recours à de l’éclairage led mais ce n’est pas systématique car j’aime aussi beaucoup travailler avec les sources de lumière des ouvriers par exemple. Je fais aussi usage d’un chercheur de champ – outil de cinéma – pour travailler mon cadre lors des repérages.

.-L’exposition se compose de 4 séries, sont-elles l’aboutissement d’un long travail de recherche ? Pourquoi avoir choisi le thème naval et réalisé quatre séries distinctes ?

SB : Comme je l’ai dit précédemment la recherche préalable fait partie intégrante de ma démarche photographique. J’aime travailler différentes approches plastiques en fonction des sujets. Plus spécifiquement le travail sur les chantiers navals m’a permis d’explorer un territoire très vivant où le corps des travailleurs a un rôle prépondérant. Pour « Visages d’un chantier naval » je me suis beaucoup intéressé à l’approche des photographes du XIXe siècle et leur usage de la pose.
Dans la série R+14, j’ai pris la liberté de travailler avec des jumelles en utilisant les toutes petites optiques des téléphones portables. Par le truchement de l’image stéréoscopique, mon approche du paysage en chantier est volontairement très organique.
Pour les visions acoustiques je décompose l’espace par de multiples points de vue assemblés en travaillant l’écho que produisent les images les unes à côté des autres.
La série « L’Age de l’air » fait état de la complexité abstraite de la construction aéronautique dans les multiples sites d’assemblage. J’y développe un vocabulaire formel très frontal où l’on ne distingue plus les outils des pièces fabriquées.
J’ajouterai que j’ai profité des spécificités du Cloître, dont l’espace s’articule autour de l’idée de cheminement : le corps sent qu’il traverse un espace, et le temps de la marche est aussi celui d’une méditation possible sur notre rapport au monde. J’ai donc déployé les tirages en veillant à ne pas être linéaire, en travaillant un accrochage qui puisse provoquer chez le spectateur quelque chose de très physique et exploratoire, le format des tirages permettant ce corps à corps. Mettre en relation mon propre cheminement (plus de dix ans de photographie) avec celui du spectateur était le moteur de cette déambulation photographique particulièrement féconde dans l’espace du Cloître.

-Qu’entendez-vous par « acte photographique comme processus d’immersion qui pourrait marquer un arrêt dans des lieux fermés publics ?

SB : Dans mon travail, l’idée d’exploration est vraiment prépondérante. Mais les espaces abandonnés ne m’intéressent pas. J’aime observer les processus vivants de production, de création, de transformation du réel. Ce sont des lieux très habités, où chaque travailleur qu’il soit ouvrier ou chercheur développe une manière particulière d’organiser son espace de travail. Le temps passé à échanger avec ces gens sans les photographier est crucial. C’est l’alpha et l’oméga de ma pratique : l’échange. Je crois avoir passé aux Chantiers de l’Atlantique au moins un tiers de mon temps à ne pas photographier ! Pour Visions acoustiques je mobilise les chambres anéchoïques parfois une journée entière pour pouvoir réaliser une seule image. Ainsi la pose photographique renvoie à la pause des travailleurs. C’est ce que ces immersions au long cours me permettent : organiser des entractes (intermissions) dans le travail opérationnel des chantiers et laboratoires, pour me permettre de faire apparaître ce qui resterait invisible sans ma présence.

-Quelle est votre vision de la photographie contemporaine actuelle ?

SB : Le monde de la photographie se porte très bien en France mais paradoxalement il devient de plus en plus difficile pour les photographes de vivre de leur travail. Le monde de l’art contemporain a également une influence majeure sur le comportement des photographes, pour le meilleur et pour le pire ! Il faut également reconnaître que nous vivons une période techniquement passionnante : la photographie n’a jamais été aussi plastique, tant du côté de la prise de vue que des supports de tirages et de partage… mais restons vigilant car la fascination des outils et la consommation d’images tout azimut ne remplaceront jamais l’importance de la rencontre dans ce métier.

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@Série R+14, Sylvain Bonniol

« Intermissions », Sylvain Bonniol

Exposition photographique, Organisée par Di Mezzo

Du 5 au 26 novembre 2019

Vernissage mardi 5 novembre 2019

Le Cloître Ouvert

222 rue du Faubourg Saint-honoré, Paris 75008

http://www.bonniol-photo.com

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Catégories :Culture, Photographie

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