Culture Photographie

L’univers photographique d’Hervé Saint Hélier

©Hervé Saint Hélier

Abstraction, cosmos, ambiances urbaines, portraits, autant de sujets traités par Hervé Saint Hélier photographe français de renom, qui de voyages en voyages compose une œuvre riche. Représenté depuis 2008 par la Marlborough Gallery à New York, il expose actuellement à l’espace Baker Paris.

Ambiances différentes, il s’attache à capter les lumières de la ville pour en tirer un résultat surprenant, spontané et inattendu, à la recherche d’effets de contraste, de surexposition, de constructions géométriques exceptionnelles. Ses œuvres racontent une histoire. Le spectateur y plonge et interprète, à sa manière, l’image.

Des feux de voiture, des portes, des immeubles, le photographe après réflexion choisit son angle, son point de vue. La photographie est ici proche de la peinture, de la réalité. De ses voyages aux quatre coins du monde, Etats-Unis, Japon, Sibérie, Amazonie, Asie…,  il saisit l’instant.

Photographe intimiste, la lumière la plus importante est celle du soleil.

De ses photos distribuées dans les agences de presse Sygma et  Sipa Press, il poursuit son aventure en s’attachant à des sujets réels : politique, voyages, musique… Ses photos font partie de la collection de la Fondation Carmignac et de la collection Société Générale.

Des photographies aéronautiques dont le road book « Meaning », réalisé avec Yorick de Guichen, un regard sur la Patrouille de France aux États-Unis, donnent lieu à de multiples expositions, au Musée de l’Air et de l’Espace, au Salon du Bourget…, depuis 2017.

Le photographe a à son actif, différentes séries et expositions : « Voyage », en 2008, à la galerie Marlborough Graphics, à New York, « Voyages Urbains », en 2000, à la galerie R&L Beaubourg.  L’exposition « Timecolors », Sisley Paris, en 2019, a permis de présenter un travail en Guyane autour du « Jardin Sisley des Lauracées » pour la préservation de plantes patrimoniales de Guyane. 

Aujourd’hui, Hervé Saint Hélier travaille sur de nouveaux projets, de nouvelles collaborations dont l’exposition à l’espace Baker Paris, son engagement auprès de « Better World Fund » pendant la Mostra de Venise et la préparation d’un livre photographique en duo avec Philippe d’Ornano.

©Hervé Saint Hélier, Baker Paris

Interview : Hervé Saint Hélier

-Comment avez-vous commencé votre travail photographique ?

HSH : Tout a commencé lorsqu’on m’a offert un appareil photo. J’ai immédiatement adhéré et j’ai commencé à photographier des lieux, des objets, à m’intéresser instinctivement à ce que je voyais. Les résultats des premières photos qui étaient à l’époque des diapositives étaient pour moi positifs. Je me suis donc adressé à des magazines afin de tenter ma chance. Il s’agissait à l’époque du groupe Filipacchi. L’équipe photo ne m’a pas pris au sérieux tout de suite car j’étais en compétition avec des photographes plus expérimentés. Cependant, j’ai eu la chance de croiser une personne qui m’a proposée de me prendre à l’essai dans la section développement des films et tirages des photographies. Je n’avais évidemment pas d’expérience. La chance du débutant. J’y ai tout appris. Si bien qu’ensuite, je suis devenu assistant photographe quelques mois au Studio Ancelle et aux Studios ELLE. Parallèlement, je développais mes projets personnels dans la musique et la politique (Ray Charles, Nina Simone, Clinton, The Queen, le Pape…). J’avais des accréditations pour tous les concerts que je souhaitais photographier. Quelques fois, je photographiais en macro avec une longue focale pour être au plus près des artistes, pour entrer dans leur peau. Je développais les films noir et blanc et je réalisais les tirages des photographies. Pour la couleur, je faisais développer et tirer dans les labos.

Les galeries et les expositions sont venues ensuite. Dans l’année 2000, mon agent, à cette époque, Erick Öge de Grasse-Tilly, m’a présenté Pierre Restany. J’ai aussitôt exposé dans la galerie « Passage de Retz », à Paris. Puis dans l’exposition « Narcisse blessé » réalisée par Jean-Michel Ribette, et à Vevey, au festival Argos Project, de Sigismond de Vajay ainsi que dans la très belle exposition collective « Rouge », à la galerie Valérie Cuéto (Paris – New York).

La même année, il y a eu ma première exposition solo « Voyages Urbains » à la galerie R&L Beaubourg qui m’avait proposé d’exposer dans un petit espace, où a eu lieu l’exposition des fleurs d’Andy Warhol. A partir de là, j’ai commencé à vendre beaucoup de photos et j’ai développé de plus en plus de projets photographiques personnels.

-Votre genre, votre style photographique vous sont-ils venus immédiatement et comment ont-t-ils évolué ? Des œuvres majeures ont marqué votre carrière: « Concorde Attente », vol spécial dans l’éclipse totale du soleil, le 11 août 1999, puis le making of du film publicitaire « Trésor » de Lancôme… Qu’en retenez-vous ?

HSH : Un genre photographique est difficile à définir. Je fais à la fois des paysages, des lieux clos mais aussi des portraits, dans la musique et dans la politique. Je vis la photographie dans l’instant au travers une histoire de géométrie. 

Lorsque j’ai exposé à la galerie Beaubourg, mes photographies tels que le « Jogger Brooklyn Bridge » (Twin Towers), « Concorde Attente » (Eclipse solaire 1999), « Kanagawa Kenmin Hall Bleu » (Yokohama), « Keio Plaza Hotel » (La Piscine). Ces clichés ont pris le statut d’œuvre en entrant dans de grandes collections.

Le directeur artistique, Stéphane Nouvelle, qui a réalisé le catalogue de l’exposition « Voyages Urbains », m’a conseillé de découvrir, en référence à mon travail, Alexey Brodovitch. Né le 1er mai 1898 à Saint -Petersbourg, photographe, enseignant et designer, il est connu surtout pour avoir été à la direction artistique du magazine Harper’s Bazaar de 1934 à 1958, de qui j’aurais aimé suivre les enseignements et partager dès mes premières intuitions. Cette histoire d’équilibre chez moi est instinctif. La tête en l’air et la tête à l’envers, avec cette idée d’être dans un avion, de pouvoir voler, je regarde et j’imagine des formes qui étonnamment se retrouveront dans la photographie une fois révélée.

Ensuite, le style vient aussi des lectures et des rencontres. Celle avec Pierre Restany pour la préface du catalogue « Voyages Urbains » m’a beaucoup aidé. Il m’a dit, « … au-delà de « Voyages Urbains », il est question d’un voyage intérieur. Chez vous, il y a des étoiles en constellations, il y a le cosmos. Je ne vais pas écrire la préface de votre catalogue, je vous propose que nous fassions un livre ensemble ».

Cela m’a permis d’affirmer sans détours mes pensées, même les plus sensibles. Il y a plus de facilités à trouver la corde sensible lorsqu’on est dans du paysage, moins lorsqu’on se trouve sur un navire de guerre. C’est justement ce qui m’intéresse. Aller chercher le sensible.

Un de mes projets avec les Marines et l’aéronavale « Traversée », dont une partie a été réalisée à bord de la Jeanne d’Arc, verra le jour en 2021-22 sous forme de livre photographique et d’expositions. Il y aura trois plateaux de perception:

une partie dialogue

une sur la profondeur ( la projection et le désir de traverser cet horizon intérieur et terrestre pour ces hommes et ces femmes qui s’engagent)

le plateau géométrique des gestes et tenues à celles des navires et des aéronefs. 

J’accorde du temps au cadrage, à l’étude de la lumière. 

Mes cadrages s’orientent vers la narration de ceux du cinéma. L’image parle en mouvement, sans avoir besoin de paroles, comme dans le film « Baraka » qui nous plonge au temps du cinéma muet où l’on parlait de manière silencieuse, la musique en guise de fond. 

Cela a été une succession de rencontres. Le fondateur de Première Heure Production, Patrice Haddad, m’a confié la réalisation du making-off : « Trésor » de Lancôme, avec une camera 16 millimètres, que je portais à l’épaule !  

La photographie est instantanée. Je comprends la notion de polaroids parfaitement mais pas forcément avec du polaroïd. L’instantané fonctionne aussi très bien avec les appareils classiques. (Nikon, Canon, Hasseblad, Leica, Linhof…) 

– Quelle importance accordez-vous à la lumière ? Qu’apporte l’argentique à vos tirages et quelles différences faites-vous en tant que photographe professionnel avec le numérique ?

 HSH: J’accorde évidemment beaucoup d’importance à la Lumière, notamment celle de fin de journée, au crépuscule et au lever du jour: « Twilight, une histoire de lueurs, de météores lumineux » lorsqu’ils se mélangent aux éclairages des villes. Il y a tellement de manières de voir le ciel et les choses qui nous entourent.

Twilight  https://youtu.be/BP13TpmcS8Y  

C’est aussi un livre en cours d’édition avec des poèmes de Philippe d’Ornano. La sortie est prévue pour le printemps 2021. Ce seront des interventions par grattages sur des photographies. Ainsi chacune seront des pièces uniques. 

Je regarde les formes, comme de la géométrie. Que ce soit une photo en argentique ou en numérique, les messages passent. Le cadrage est le même. Dans la technique photographique ancienne, on attendait que la lumière imprègne l’émulsion sur le verre.

Il me semble que les matérialisations viennent d’intentions, de l’esprit et de l’âme. L’acte photographique devient une méditation.

Les moments passés au labo lors des tirages sont calmes, posés, à l’image des conversations photographiques avec le tireur Diamantino qui réalise tous mes tirages à l’agrandisseur et Christophe Pete lorsque les photographies sont numériques.

-Pouvez-vous me citer une pièce majeure de votre collection ?

HSH: Sans hésiter, « One Soul Studios ». Cette photographie fait partie des best-sellers. Elle porte le nom d’un studio d’enregistrement à New York. « One  Soul Studios » au pluriel car le créateur, Patrick Lo Ré a voulu immédiatement créer plusieurs plateaux, jazz soul classique.

On y voit une femme assise sur un sofa. J’ai utilisé la lumière sur place, sans artifice. 

Cette photo est déjà dans la collection de bien des personnes; notamment dans celle de la Fondation Carmignac.

©« One Soul Studios », Hervé Saint Hélier

-Vous exposez actuellement chez Baker Paris (Baker furniture), comment avez-vous fait le choix des clichés ?

HSH: Tout s’est fait de manière instantanée. Baker est une société américaine qui travaille avec des décorateurs designers internationaux. La directrice Europe, Marie Estienne a sélectionné des œuvres. Tous les tirages choisis trouvent leur place. 

Parmi, les photographies retenues, « L’architecte », une géométrie en hommage à René Schwaller de Lubicz, a trouvé sa place devant un miroir à inclinaisons variées, fixes. 

Il y a aussi les portraits de Zao Wou-Ki, et de la reine Elisabeth II « The Queen ».

-Après avoir travaillé au cœur des villes, sur la marine, l’aviation, les lieux et les objets, quel est votre prochain projet photographique ? 

HSH: Je suis très tenté par les déserts. Depuis quelques temps et dans ce climat de crise sanitaire, je songe à faire un voyage photographique à la découverte des déserts. Les choix se feront d’instinct :

désert de Gobi, déserts de sable, et plus tard ou en même temps, les déserts blancs, la neige. Il s’agit de capteurs. Je créerai des passages avec les êtres qui croiseront les chemins invisibles qui se dérouleront sous mes pas et ceux des véhicules à roues ou volants que j’emprunterai.

Techniquement, la photographie sur film a une valeur vraiment importante car elle repose sur un support matériel, à la différence du numérique qui ne repose plus sur rien, mais qui devient aussi beau que la transmission orale, volatile, éphémère, donc précieuse car ces messages ne reviendront peut-être jamais. La photographie argentique (sur film) me semble être le support idéal pour l’archivage, les souvenirs, la mémoire physique, matérielle, comme l’écriture des mots, comme des séquences de chiffres, comme des mélodies sur partitions. Tous ces supports pourront être joués, lus et interprétés sur papier et au travers d’instruments de musique, dans des futurs même très lointains. 

La technique numérique ajoutée dans l’un ou dans l’autre sens, de l’argentique au numérique ou du numérique à l’argentique, permet de faire des choses extraordinaires. Je photographie en couleur pour avoir comme base, la réalité qui est en couleur. J’utilise quelques fois le noir et blanc pour plonger dans une fiction proche de la BD, avant l’intervention des coloristes. Il est possible que les enfants actuellement ne sachent pas que le noir et blanc existe en photo car ils réalisent leurs premières photos avec des téléphones portables.

Début septembre, à l’occasion de la Mostra de Venise, j’ai offert trois photographies à « Better World Fund » qui organise une vente aux enchères et un dîner gala de charité. Les œuvres proposées seront: 

– Un portrait du Dalaï- Lama à la clôture de la cérémonie du Mandala Kalachakra, au cours de la réalisation du film « Kalachakra l’éveil ».

Un portrait d’Amma pendant les darshans qu’elle a donnés dans son ashram dans le Kerala au cours de son 60ème anniversaire. 

– « Rouge Cardinale », silhouette d’une danseuse dans un bain de lumière rouge chorégraphiée par Alexandra Cardinale. C’est également l’occasion d’un hommage cinématographique au film d’Otto Priminger « The Cardinal ».


Herve Saint Hélier 

herve@hervesainthelier.com

www.hervesainthelier.com

Marlborough Graphics Gallery – New York 

www.marlboroughgallery.com/galleries/graphics/artists/herv-saint-hlier/graphics

Baker Paris

www.bakerfurniture.com

www.fondationcarmignac.com

En septembre,

https://www.connectingpropeople.com/evenement/

©Hervé Saint Hélier: La maison à la plage/ Voyages Urbains/ Meaning

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